État et écologie


L’État est la seule instance qui permette de préserver et de promouvoir l’intérêt général. La crise économique et financière vient de nous le rappeler avec les dérives attachées au marché financier, et plus généralement avec les conséquences cumulées d’une quarantaine d’années de politiques de dérégulation. Ce faisant, l’État assure une fonction à la fois traditionnelle et nouvelle.

La recherche de l’intérêt général est en effet consubstantielle à toute forme de société, ne serait-ce que sous la forme minimale de la préservation de son existence et de celle de ses membres.

Plus largement, l’État a traditionnellement pour fonction de veiller au maintien de la hiérarchie des fins, d’empêcher qu’une partie du corps social n’instrumentalise le reste de la société à son seul profit et ne transforme ainsi l’ensemble du corps social en simple moyen au service de sa seule fin.

La fonction première de l’État, assurer l’existence de la communauté nationale face à ses ennemis potentiels, a connu durant les dernières décennies une singulière extension. Le bien-être présent et futur de la communauté nationale, et même son existence future, ne sont plus en effet seulement menacés par d’autres États, mais par le pouvoir que l’humanité a acquis sur la biosphère et ses mécanismes régulateurs.

La préservation de ces mécanismes et plus largement des biens publics environnementaux relève désormais de la défense de l’intérêt général. La difficulté de l’exercice procède de la nécessité pour l’État d’anticiper et de prévenir des dégradations futures et irréversibles, et de soutenir d’éventuelles contraintes au présent au nom du futur.

Revenons au volet classique de la préservation de l’intérêt général. Elle s’exercera bien sûr différemment selon qu’il s’agit d’une société hiérarchique ou d’une démocratie, selon la conception qui l’anime, utilitariste cherchant le bonheur du plus grand nombre, ou rawlsienne cherchant à rendre la condition des moins favorisés la meilleure possible.

Quoi qu’il en soit, l’État veillera à ce que les confits qui surgissent au sein de la société n’entraînent pas son implosion. Il veillera également à la hiérarchie des fins, la fin suprême étant le bien-être des citoyens, lequel présuppose l’existence de la communauté nationale.

Ceci implique qu’aucune strate, qu’aucun secteur, qu’aucune activité (au sein) de la société civile ne saurait devenir une fin en soi, et non un moyen au service du bien-être commun.

Ni les mécanismes du marché, ni l’accroissement du PIB, ni même la science, ne sauraient devenir des fins en soi, alors même que chacun de ces domaines tend à s’autonomiser. L’État doit veiller à ce qu’aucune logique sociale partielle ne s’autonomise, ne devienne à elle-même sa propre fin. Et ce n’est guère ce à quoi nous avons assisté.

Le nouveau domaine auquel s’étend désormais l’exercice de l’intérêt général, celui de la préservation des conditions biosphériques du bien-être commun, se présente différemment. Là où la défense de l’intérêt général en passait nécessairement par des conceptions particulières, s’impose, au bout du compte, la brutalité de l’universel.

La dégradation des biens publics environnementaux, en effet, n’engendre plus à terme de gagnants. Si la température de la planète devait s’élever de trois degrés, nous prendrions le risque de rétroactions en chaîne dramatiques.

Le devenir aride de l’Amazonie et la destruction de sa forêt susciteraient un surcroît massif de CO2 qui pourrait nous conduire à un réchauffement non plus de trois mais de quatre degrés, lequel pourrait libérer des quantités gigantesques de méthane qui conduiraient à leur tour à un réchauffement plus élevé, débouchant sur une réduction drastique des terres encore habitables.

La complexité extrême de nos sociétés, la puissance nouvelle des technologies, celle des lieux de pouvoir économique, les menaces qui pèsent désormais sur les biens publics environnementaux (stabilité du climat, bon état des écosystèmes et des services écosystémiques), exigent désormais des régulations nouvelles, faute desquelles la défense de l’intérêt général ne saurait plus être assurée.

Leave a Reply

Please log in using one of these methods to post your comment:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s