Le déclin du mariage, un problème social ?


Les évolutions de la structure familiale américaine sont marquées, comme partout en Occident, par un relatif déclin de la nuptialité, la progression des divorces et de la monoparentalité. Recensé : James Q. Wilson, The Marriage Problem. How our Culture has Weakened Families, New York, HarperCollins, 2002, 274 p.

Célèbre criminologue conservateur, professeur de science politique à Harvard, James Q. Wilson voit dans la déchéance du mariage une des principales causes de l’aggravation des problèmes sociaux.

La thèse, ancienne, pourrait prêter à sourire si elle n’avait pas une influence directe sur les politiques sociales américaines.

Il n’en reste pas moins que le mariage reste valorisé, même chez les parents célibataires. On liste, dans le désordre, quelques-uns des principaux constats relevés par Wilson.

  • En 2000, la moitié seulement des ménages américains avaient à leur tête un couple marié, contre 78 % en 1950 et 61 % en 1980.
  • Parmi les familles ayant des enfants de moins de 18 ans, moins des trois quarts avaient à leur tête un couple marié en 2000. Cette proportion était de 93 % en 1950 et de 81 % en 1980.
  • La proportion de naissances hors mariage est passée de 12 % en 1970 à 18 % en 1980 et à plus du tiers aujourd’hui.
  • En 1963, 83 % des femmes âgées de 25 à 55 ans étaient mariées. En 2000, cette proportion est nettement inférieure aux deux tiers.
  • En 1960, un cinquième des enfants noirs vivaient avec leur mère isolée, sans leur père. Vers 2000, c’est le cas du cinquième des enfants blancs, et de plus de la moitié des enfants noirs.
  • Les trois quarts des maternités précoces (des naissances avant la majorité des mères) sont le fait d’adolescentes non mariées. Dans le cas des jeunes filles noires mineures qui ont des enfants, 90 % d’entre elles ne sont pas mariées.
  • Les parents célibataires sont trois fois plus nombreux que les parents mariés à connaître des problèmes de drogue et d’alcool.
  • La moitié des enfants qui vivent dans un ménage dirigé par une femme isolée sont en situation de pauvreté.

Face à cette situation, des responsables politiques, libéraux et conservateurs, en sont venus à promouvoir le mariage comme stratégie de lutte contre la pauvreté.

Des fonds ont été affectés à cette fin. Dans le cadre de la réforme du Welfare votée en 1996 sous l’ère Clinton, les États ont été incités à encourager la formation et le soutien des familles biparentales.

L’administration Bush a débloqué 300 millions de dollars pour soutenir le mariage (primes de mariage, cours de préparation au mariage, réduction des allocations en cas de naissances hors mariage, etc.).

Wilson se fait le champion du mariage pour revaloriser la famille, aujourd’hui fortement remise en question par l’individualisation des comportements et la privatisation des mœurs.

Par une formule, il résume les évolutions familiales des deux ou trois derniers siècles : auparavant l’individu appartenait à la famille, désormais la famille appartient à l’individu.

Chacun, dans ce contexte, peut donc faire ce qu’il veut en termes de comportements reproductifs et matrimoniaux, ce qui, pour Wilson, est une corruption morale fondamentale.

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